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LE CH 4 · LA LIGUE 2
DERNIÈRE PUBLICATION 20.10.2026
La ligue LNH /NÉGOCIATION № 006 /8 MIN /1545 MOTS /20.10.2026

À qui la clause ?

Pendant que l’attention des partisans est dirigée sur le début de saison de leurs équipes favorites respectives, une autre game commence déjà à se jouer en coulisses, en vue des négociations à venir pour la prochaine entente collective de la LNH.

Par
Jonathan Lord
Publié
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8 MIN ·
1545 MOTS

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C’est pourtant pas demain la veille : la prolongation de l’entente collective actuelle, qui incluait quelques amendements, vient tout juste de débuter et ne prendra fin qu’au terme de la saison 2029-30. Mais déjà, on peut sentir une certaine volonté de la part de la ligue et de ses dirigeants de prévenir une potentielle escalade et de passer le message que les clauses de non-échange pourraient rapidement devenir un enjeu important lors des prochaines négociations, si la situation perdure ou vient à s’accentuer.

Au début du mois, c’est nul autre que le commissaire de la ligue, Gary Bettman, qui s’est prononcé sur le sujet, lors d’un passage sur les ondes de Sportsnet.

SOURCE · CHAINE YOUTUBE SPORTSNET

It's something we're going to keep an eye on, but I think we've gotten past the way no-trade clauses were originally intended.

Selon Bettman, l’utilisation récente des clauses de non-échange par certains joueurs s’éloigne du principe initial sur lequel elles ont été fondées, ajoutant du même souffle qu’il ne croit pas que la tendance actuelle soit une bonne chose pour les joueurs, pour les équipes, pour les partisans…bref, la ligue en général.

…d’après mes sources, ça n’aurait cependant aucune incidence sur le prix de la douzaine d’oeufs à l’épicerie. Pour ça, il faudra trouver un autre coupable. Notre bureau d'enquêtes est sur le dossier.

Même si ça m’fait cruellement mal de l’admettre, sur ce coup-là, j’suis obligé d’être d’accord avec le commissaire.

J’vous promets de passer à la confesse, dès que j’le peux.

BRAD MARCHAND ET ALLAN WALSH RÉPLIQUENT

Évidemment, il n’en fallait pas plus pour que le clan adverse ne réplique, notamment par l’entremise de Brad Marchand, qui n’a pas mâché ses mots sur les réseaux sociaux, invitant certains de ses détracteurs à « continuer de jouer au PlayStation ». Toujours le mot pour rire, ce Brad.

Réputé pour ne pas avoir la langue dans sa poche, l’agent de joueurs Allan Walsh abondait dans le même sens, dans un des derniers épisodes de la série "Agent Provocateur" sur la chaine YouTube de SDPN, rappelant que les clauses du genre ont été acquises au prix de lourds sacrifices par l’association des joueurs, lors des négociations de 2005.

SOURCE · CHAINE YOUTUBE SDPN

L’ancien porte-couleurs du Tricolore, aujourd’hui recyclé en directeur exécutif adjoint de l’association des joueurs, Ron Hainsey, a quant à lui qualifié la sortie de Gary Bettman d’attaque directe envers les droits des joueurs.

…aux dernières nouvelles, l’ONU préférerait ne pas se mêler du dossier. Donc, si vous voyez des Casques Bleus déambuler dans les arénas, c’est probablement juste un joueur des Leafs qui s’est trompé de porte en voulant sauter sur la glace.

Reste que, le plus honnêtement du monde, je comprends leurs réactions. Parce que c’est vrai que les joueurs ont fait des concessions importantes en 2005. Bon, dans les faits, elles ne semblent plus être aussi importantes aujourd’hui, quand on regarde l’escalade des salaires depuis la reprise des activités « normales » dans la Ligue nationale. Mais au départ, le plafond salarial était une concession immense du côté des joueurs.

Mais y’a quand même une distinction à faire, à mon humble avis, entre protéger sa carrière et sa vie familiale…et utiliser ce genre de clause comme outil de chantage pour menotter les mains du directeur général de l’organisation avec qui on s’est engagé par contrat, quelques mois auparavant.

…le premier relève du gros bon sens. Le second, lorsque poussé à l’extrême comme c’est le cas en ce moment dans certains cas, pourrait tranquillement se rapprocher du sabotage.

CHANGER LA PERCEPTION

Lorsqu’il est question de clause de non-échange ou de non-mouvement, on l’aborde quasi exclusivement comme un avantage pour les joueurs.

Et à plusieurs égards, c’est le cas. C’est d’ailleurs pourquoi les contrats dépourvus de telles clauses sont réputés pour coûter un peu plus cher ; certains directeurs généraux préférant s’offrir cette flexibilité contractuelle, plutôt que la flexibilité salariale qui vient habituellement avec une telle clause.

Mais la réalité, c’est qu’un contrat ne devrait jamais se lire à sens unique.

Les clauses offertes aux joueurs assurent à ceux-ci une stabilité qu’il est tout à fait normal de rechercher dans sa carrière professionnelle, mais aussi dans sa vie personnelle.

Quand Colton Parayko a refusé une transaction qui l’aurait fait passer aux Sabres de Buffalo la saison dernière, je serais bien surpris d’apprendre que Gary Bettman ait fait quoi que ce soit d’autre qu’hausser les épaules, en chantant « Live Is Life ».

…on en profite pour saluer les membres du groupe Opus ! Ainsi que tous ceux et celles d’entre vous qui connaissaient le nom du band avant que j’le mentionne, vous vous méritez 5 points dans un jeu-questionnaire qui n’existe pas vraiment.

Même chose lorsque Mitch Marner a décidé d’utiliser sa clause de non-mouvement pour bloquer une transaction qui l’aurait fait passer aux Hurricanes, à sa dernière année de contrat avec les Leafs. Ça a assurément fait suer les partisans des Leafs. Mais les plus lucides d’entre eux voyaient déjà venir la situation et priaient pour que Marner soit échangé avant que sa clause complète ne se déclenche, deux ans auparavant.

Mais quand c’est le joueur lui-même qui demande à être échangé, il ne devrait y avoir qu’une seule réponse : « J’entends c’que tu m’dis, pis j’aimerais ben ça t’aider. Malheureusement, d’après le contrat qu’on a signé, j’peux pas t’échanger, même si j’le voulais. C’est écrit noir sur blanc dans le contrat, j’peux rien y faire. La ligue ne le permettra pas. La seule façon que j’puisse t’accommoder comme tu le désires, c’est qu’on fasse connaître à la ligue notre décision commune d’amender le contrat, pour y retirer la clause de non-échange. C’est le seul moyen. »

PAS SEULEMENT L'AVANTAGE DU JOUEUR

Parce qu’il faut pas se leurrer. Oui, les joueurs visent et gagnent une stabilité appréciable avec ces clauses. Mais c’est faux de prétendre que celles-ci ne sont qu’à leur avantage, ou pour leur bénéfice.

Les différentes formations y gagnent aussi, en prévisibilité. Une prévisibilité qui, dans les faits, n’est déjà que partielle, compte tenu du risque de blessures, de mauvaise évaluation, de contre-performance, de ralentissement prématuré…et j’en passe.

Mais une prévisibilité qui est aussi nécessaire pour établir le plan et la structure d’une concession qui aspire à connaître du succès. Comme partisan, j’ai survécu à suffisamment de « plans quinquennaux » pour confirmer qu’une équipe compétitive, ça ne se construit pas sur le court terme. Ça prend une vision. Et quand tu signes un joueur en lui octroyant une clause de non-échange, ce joueur-là fait partie de cette vision. C'est ÇA, l'esprit d'une clause de non-échange.

L’organisation mise sur ce genre de clause pour cocher certaines cases sur sa liste et s’appuie ensuite là-dessus pour prendre des décisions organisationnelles importantes. Des décisions sur lesquelles elle ne peut plus revenir ensuite, lorsque son joueur de centre vedette ou son gardien de but étoile décide qu’il en a marre, avant même d’être rendu à mi-chemin de la durée de son contrat…parce qu’il veut aller tripper avec ses chums en Floride, à Vegas ou au Minnesota, dans un environnement gagnant, mais surtout sans taxes.

Imaginez un peu la scène à Boston si, après avoir signé Elias Lindholm et Nikita Zadorov et sacrifié plusieurs choix de repêchage pour entourer David Pastrnak convenablement, ce dernier avait décidé d’utiliser sa clause de non-mouvement pour non seulement forcer sa sortie de Boston, mais en limitant aussi le nombre de destinations possibles à son plus strict minimum, empêchant les Bruins d’obtenir un juste retour. Bon, on s'en réjouirait sans aucun doute à Montréal...mais la discussion ressemble à quoi, dans le bureau du DG ?

« David…on vient de s’engager à long terme, et à gros prix, avec Elias et Nikita, deux joueurs de 30 ans. On vient de signer Tanner Jeannot à 3,4 M$ par année pour les cinq prochaines saisons, parce qu’en raison de ton contrat, c’était ça le genre de joueur qu’on pouvait se payer. On a échangé nos choix de première ronde des dernières années pour aller chercher du renfort à court terme, parce qu’on pense être compétitifs avec toi dans l’alignement. Toute notre stratégie de repêchage est basée sur le fait qu’on a gravé ton nom sur le tableau d’alignement du vestiaire avec une perceuse. J’peux pas t’échanger contre du futur, toute notre fenêtre est bâtie en fonction de TON contrat. Pis ça, c’est sans compter le fait que j’viens de faire peinturer une murale de 50 pieds à ton image, pour mettre dans ma cour arrière, entre la piscine pis l’cabanon de ma villa ! »

C’est cette paix d’esprit-là que les organisations et leurs directeurs généraux recherchent eux aussi dans les clauses qui sont accordées. Mais ils ont mis tellement d’emphase sur le fait que ces clauses n’étaient qu’au bénéfice des joueurs, pour sauver quelques dollars, que les joueurs ont fini par le croire.

Et je ne les blâme pas de l’avoir cru.

…mais j’pense aussi qu’il est temps que les directeurs généraux rectifient le tir et leur rappellent que les clauses d’un contrat ne s’appliquent jamais à sens unique.

N’en déplaise à Allan Walsh, les joueurs n’ont pas « gagné ce droit » de façon unilatérale. C’est un engagement mutuel qui doit être respecté par les deux parties...ou résilié complètement, d’un commun accord.

// PROCHAINE ENTRÉE · MARDI 27.10.2026 · 07:00

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